Passion Toxique

décembre 21, 2015

Quand la passion devient-elle malsaine ?

Quand l’amour devient-il monstrueux ? Depuis quelque temps on parle beaucoup de pervers narcissique, et si cette chimère n’existait pas, et que l’on avait créé ce monstre comme bouc émissaire, pour comprendre ce que l’on ne comprend pas toujours. Je dis souvent à mes patients que pour faire une relation il faut être deux, et que c’est cette relation qui peut finalement avoir des allures perverses pour l’un comme pour l’autre. Ici je présenterai donc les débuts de ce qu’est un amour pervers, ou, la passion qui peut être vu comme une drogue. Pour toutes ces femmes et ces hommes qui sont accro à leur amant et à leur maitresse…

L’amour peut il être un toxique ? Au même titre que les produits pharmaceutiques que nous apothecary-437743_1920consommons pour atteindre d’autres sphères ? Selon P. Aulagnier (1975) « le toxique nous apparaît comme – au delà de la substance » ce serait donc un lieu transitionnel, un entre deux mondes, où pourrait se développer l’imaginaire mais « qui a cette particularité de détruire, de se substituer au psychisme lui-même ».

Conjugopathie

Comme le présente M. Reynaud (2010/07), nous ne pouvons voir que superficiellement unemarie-claire-dependance-affective différence entre l’état amoureux et l’addiction à un produit. C’est à cette jonction qu’il faut marquer la distinction, ainsi il ne faudrait plus utiliser le terme d’état amoureux, mais de passion amoureuse. Ce qui n’est plus exactement la même chose. Cette passion amoureuse, se traduirait par une intense motivation et un besoin impérieux de l’autre. Il peut donc être envisagé une conception psychopathologique d’un trouble de la passion amoureuse, « caractérisé (…) par des modalités problématiques des relations amoureuses entrainant une détresse significative et la persistance du comportement malgré la connaissance de ses conséquences néfastes ».

Nous pouvons en faire une rapide description clinique, qui bouleverserait le fonctionnement cérébrale à trois niveaux : les sensations, les émotions et les cognitions. C’est sur cette dernière notion qu’il est important d’insister. Puisque l’altération cognitive du sujet, passe par la focalisation de l’attention, « l’amoureux focalise la quasi totalité de son attention sur l’être aimé (…) souvent au détriment de tout et de tous autour de lui (travail, famille et amis). Il y a aussi un envahissement de la mémoire et de la pensée ».

5683848Le besoin de l’autre arriverait par la question du manque (ou frustration) et par l’incertitude de pouvoir retrouver l’être aimé ou non. Ainsi cela proposerait l’idée que des émotions douloureuses, dues justement à la frustration ou l’incertitude d’une réponse se traduirait selon les cas, par l’anxiété ou/et la dépression. On peut concevoir la relation de l’anxiété avec l’image de la « douche écossaise », un coup froid un coup bouillant, soit ici l’alternance d’état ayant un fort pouvoir addictif. Les cognitions seraient donc dominées par l’incertitude, ce qui renforcerait le besoin de recherche de l’autre. C’est en lien avec l’idée de « l’effet Romeo & Juliette », les difficultés ou l’adversité, en faisant craindre le manque et l’absence de l’objet, et qui feraient s’accroitre la passion.

Néanmoins, pour pouvoir parler de pathologie, il faut que l’envie soit devenue un besoin, que la souffrance ait pris le pas sur le plaisir et que le manque soit devenu préremptoire. Le sujet continuerait alors, qu’il devrait arrêter, malgré l’humiliation, la honte et les conséquences néfastes. Celui-ci irait jusqu’à devenir esclave de ses sentiments. L’autre devient à ce moment-là « sa drogue », il est accroché, attaché.coeur-en-cage

Il faut pour comprendre le mécanisme menant du plaisir à l’addiction amoureuse, un préalable qui passe par l’idée, d’une certaine prédisposition entre un individu, dit vulnérable, et le produit qui lui serait plus ou moins addictogène. On émet ici l’hypothèse, d’une liaison entre le sentiment de manque et la composante de l’anxiété. Elle pourrait engendrer cette fragilité chez le sujet, et être, en lien même avec le style d’attachement précoce.

Discussion 

Être drogué, ce n’est pas forcément ce que l’on croit : accro à la coc, aux jeux  vidéo… finalement on peut être aussi accro à l’autre, à son odeur, sa présence, à ce qu’il représente… L’amour passion, peut devenir une drogue pour chacun d’entre nous et nous pousser aux pires folies, aux pires sacrifices.

2 Comments so far:

  1. Lucas T. dit :

    Vous dites : « Pour faire une passion, il faut être deux » , on peut donc comprendre qu’une relation toxique implique que la victime a une part de responsabilité…
    Autant comme je suis complètement d’accord pour deux adultes mais quid d’un enfant avec un de ses parents « pervers narcissique » ? …
    Qu’en dites-vous ?

    • Patrick Martin dit :

      Bonjour,
      Pour un enfant et un parent pervers qu’en est-il ?
      L’amour d’un enfant à son parent, pervers ou non, est quasiment inconditionnel. La notion d’amour pour l’enfant est exclusivement une notion d’attachement, de dépendance et au fur et à mesure d’indépendance (période de l’adolescence). Ce qui laisse sous-entendre que ce n’est donc pas le même type de relation. Par ailleurs, l’enfant est vulnérable, dans l’idée qu’il n’a pas les mots nécessaires pour faire la distinction dans ce que l’on peut faire ou non, dans une relation avec un parent. L’interdit vient des parents d’abord, puis de la société en grandissant.Le premier « non » est celui du parent.
      Ferenczi parle de confusion des langues entre l’enfant et l’adulte, à savoir que certaines notions ne sont pas les mêmes pour eux et pour nous, adultes. L’enfant ne peut faire la part des choses entre le bien et le mal qu’au travers de la parole de ce même parent. On partira donc de l’idée que l’enfant est la victime involontaire du parent pervers. L’enfant est donc une victime de cette relation au sens premier du terme dû à sa vulnérabilité.
      Est-ce que je réponds à votre question ?
      Ps : pervers + narcissique est redondant 😉