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le cas Blanche Neige, suite

A lire avant, le compte de Blanche Neige...


Attention, c’est une approche naïve, qui mériterait un approfondissement… c’est un texte qui propose une première vision revue de la psychanalyse des contes de fées.


 

Blanche Neige, ou un conte de fées du Das ding ?

 

Présentons Blanche Neige, est une jeune adolescente, qui est opprimé par une belle-mère, et un père absent. Il nous est raconté que cette « belle-mère » tombe dans une folie « dévorante ». Où celle-ci, se décide de tuer blanche Neige, un désir de mort qui par trois fois sera mis en acte. Le conte, décrit une femme folle, prise par la haine d’un reflet dans le miroir, qui change, et qui lui répond. Comme une forme d’hallucination « La méchante Reine », parle avec un Autre dans le miroir. « Il sait tout, il voit tout, il entend tout… Passé, présent, future ».

Le Royaume est aux ordres mégalomane de cette femme, qui veut tout commander et diriger. À la suite d’un échange désastreux, pourrions-nous commenter, la reine envoie le chasseur (qui n’est rien d’autre qu’un représentant de l’image du père), tuer Blanche Neige dans la Forêt noire. Il s’exécute et emmène sa future victime dans la forêt. Il lui confira que la reine veut sa mort et la supplie de fuir. Elle doit partir sinon il ou elle la tuera. Il y a « Malaise dans la civilisation ».

Elle fuit dans une forêt sombre, elle est envahie par l’effroi. Elle trouvera refuge dans une maison de nain. Elle y vivra pendant un temps. Il nous y est décrit des personnages, finalement absents à eux-mêmes, dans leurs corps d’homme. Des hommes qui ne sont pas des hommes. Ils ne sont que des demi-hommes. Il semble n’y avoir ni parents, ni mariage, ni enfants… Un monde où l’on n’est plus enfant mais où l’on n’est (naît) pas non plus un adulte. Il nous est expliqué, que dans cette maison, il n’y a qu’une seule règle : le labeur. Travailler, il n’y a que cela d’important, pour ce groupe, cette famille qui n’en est pas vraiment une. Il lui est demandé de laisser le reste dehors, elle n’en a ni besoin, ni désir. Le seul désir qu’il semble être bon de cultiver, c’est le travail.

Philippe Julien nous dit :

« Il y a DAS ding : vide impénétrable, vacuole non contournable. Il y a division chez le prochain, fondant ma propre division. La chose, primordiale et Inoubliable, est un étranger à la fois extérieur et intérieur. L’enfant y est soumis comme à une loi du caprice, bonne ou mauvaise volonté, bon ou mauvais objet. L’enjeu est de faire de la « chose » un pur nihil, colonisé, dépouillé, nettoyé de tout bien de tout mauvais. Là est le désir, le désir de rien de ce qu’est de l’ordre du Bien est des biens »[1]. p. 112

 

Voilà une voix/voie nouvelle, que lui proposent les nains, un nouveau monde en dehors des passions ou de la passion en soi. Un monde où elle pourrait vivre en paix et en sécurité, un monde où elle ne souffrirait plus.

« Ce rien de la chose en l’Autre, lieu du désir, fonde le désir de désir du sujet : le désir du sujet est le désir de l’Autre »[2].p.112

 

Tout semble donc apaisé pour blanche neige pendant un temps. Puisque le seul désir de l’autre, c’est le travail. Nous sommes dans un monde en dehors des passions, un monde de tempérance et peut-être même un au-delà de la tempérance ? Elle n’est ni désirer ni désirable. Il est justifié qu’il n’y a nul désir de cet ordre ici. Elle sort donc d’une boucle œdipienne menaçante jusque-là.

Et pourtant cela viendra être bousculé, le jour où une femme par trois fois viendra là tenté. Telle Antigone de Sophocle, Blanche neige, semble ne pouvoir se résigner à une telle existence. Une existence où elle cède sur quelque chose, on peut ici émettre l’hypothèse qu’elle ne peut céder sur un désir. La tentation n’est qu’une mise en exergue d’un désir d’autre chose d’un autre monde, d’une autre orientation que celle d’un ascétisme épuré.

Et par trois fois nous est-il raconté, elle se laisse tenter. Tenter par cette femme qui semble avoir une allure maternelle, maternant, qui semble représenter pourrions-nous dire quelque chose d’une mère pour Blanche Neige.

« Le désir doit rester dans un rapport avec la mort, parce qu’il est lui-même dans un tel rapport. Le « doit » vient d’une loi fondatrice du désir »[3] p. 112

 

Elle lui offre un peigne qui pris dans ses cheveux l’empoissonnera, les nains la sauvent. Ils ne comprennent pas pourquoi en avait-elle « besoin » ? Nul « désir » de séduction. Puis un corset, trop serré elle s’étouffe, encore une fois les nains la sauvent, mais ils ne comprennent pas pourquoi en avait elle le « besoin » ? Nul « désir » d’être « plus » jolie. N’est-ce pas ici la mise en métaphore d’une recherche d’un objet perdu ? Et inlassablement recherché par le sujet ? Mais qui s’avère tout aussi bien mortel pour elle qu’insatisfaisant ? Il n’y a pas de repos possible, puisqu’il n’est pas l’objet rechercher. Et c’est pourquoi elle sort à chaque fois du sommeil ou de la petite mort qui est donné par les objets. Il y aurait donc un objet que Blanche Neige chercherait inconsciemment et qui serait la raison de son incapacité à suivre la règle des nains ? Mais il semble évident aussi qu’elle ne peut comprendre à ce moment de l’histoire qu’il n’est qu’un objet perdu depuis un lointain passé.

Et il reste une dernière tentative, qui s’avère symboliquement, plus compliquée. Elle mord dans une pomme qui l’étouffe. Philip Julien nous dit dans sa lecture, toujours, du texte de Lacan « Telle est la fonction du récit sadien où s’imagine ce que Sade appelle de ses vœux : un état de tourment éternel de la victime. Elle n’arrive pas à mourir, dans la tentative sans cesse avortée d’arriver à quoi ? Au nihil du pur désir. La voie choisie ne convient pas à cet enjeu. Cette position en effet, définit strictement le masochisme : assurer la jouissance de l’Autre, lieu de la voix, pour ne pas s’ouvrir à la question de son désir. »[4] p.113

 

Elle restera endormie pendant un temps indéterminé, dans les différents contes, il y a des représentants des saisons qui passent, qui laissent envisager une forme de latence réflexive. Le hibou ou le corbeau, comme représentant de la question de « l’hystoire » réflexive, qu’elle aurait pendant ce repos mortel qui est le sien.

La dernière épreuve qu’accepterait inconsciemment Blanche Neige, serait selon nous l’explication des mots de P. Julien sur Freud « la démarche freudienne est d’y réussir en faisant limite à la position masochiste de l’éthique kantienne »[5]. p.113. Dans le conte nous pourrions  » hypothétiser » que la répétition cesse, parce qu’il y aurait une prise de conscience de B.- N., vis-à-vis de son propre symptôme.

Elle ne peut continuer à se lancer dans une recherche d’une chose perdue auprès d’un représentant maternel, qui fini indubitablement par lui faire du mal. Il lui faut trouver une autre voix/e pour résoudre ce problème. Elle doit abandonner une position et proposer à cet Autre, de « frapper à la porte d’a coté ».

Nous pourrions envisager que pendant cette période de latence, Blanche Neige, comprenne quelque chose de cette question du « en plus ». Si la mère donne quelque chose de plus à l’enfant. Il est à comprendre visiblement que l’enfant sera lui à la recherche de cette en plus. Le premier qui l’a fait jouir. Mais l’expérience de mort quelle vie, lui permet d’envisager que cet en plus n’existe pas, et qu’il ne peut y avoir cette en plus que dans une forme de mort. Et qu’il ne serait donc que de l’ordre de l’imaginaire. Blanche Neige, ne peut plus répondre au désir de la Méchante Reine. Il n’y aura finalement que trois répétitions.

D’ailleurs, alors même que cette femme lui propose cette en plus, Blanche Neige est dans un lieu où elle n’en a pas « besoin », pourtant elle accepte. Une hypothèse pourrait être formulée ici, si ce n’est pas l’effet de privation qui génère chez B.-N., la réponse positive du désir de séduction. La sorcière lui propose un avenir autre, une vision différente du monde des nains. Un monde où elle pourrait séduire, être « plus » belle. Ce qui est intéressant à mettre en exergue, selon moi, ici, c’est qu’il y a une « trace » de leur relation fusionnelle, chez Blanche Neige. C’est-à-dire, que ce qui séduit Blanche, c’est ce qui séduit ni plus ni moins que sa mère : être belle, et nous pourrions même dire être la « plus » belle d’entre toute. D’ailleurs n’est-ce pas là, la question de la reine au miroir : « dit moi, qui est la « plus » belle, d’entre toutes… ».

Et donc ce serait la privation qui réveillerait la « jouissance que la première réponse avait provoquée ; elle appelle le en plus de la jouissance mnésique inscrite ; cette demande du besoin emporte donc en ses plis la demande d’amour à l’autre-semblable. Tout objet demandé fait référence à ce moment mythique où l’enfant a été comblé de telle manière qu’aucun ne subsistait »[6].p.27

Ce lien nous permet de mettre en évidence, que Blanche Neige accepterait les différents objets venant de la sorcière, pour retrouver ce moment perdu d’avec elle. Le moment où la sorcière coiffe blanche neige, serait la représentation même de la fusion. Elles sont, intriquées et relié dans ce mouvement. Mouvement qui tue blanche neige, mouvement qui la fait disparaître, où elle n’est plus un individu singulier mais une symbiose. Mais ce mouvement, le passage du peigne dans les cheveux, symbolise aussi bien plus, pourrait nous dire. Il symbolise « qu’il n’y a pas de rapport sexuel ».

Il est à comprendre ici, que cette symbiose ne peut plus exister. Le peigne finit indubitablement par rappeler la séparation de l’un à l’autre. « L’aliénation » ne peut aller, ici que dans la séparation. Qui finira dans la mort, la reine en devient méchante et un désir de mort sur son enfant naît, des cendres d’une jouissance, qu’elle ne peut aussi, elle, continuer à vivre ; dirons-nous, faute de mieux.

La déception va donc dans les deux sens : aussi bien pour Blanche Neige, qui ne pourra plus jamais être comblé et doit accepter, d’orienter sa demande autrement. Mais aussi vis-à-vis de cette « Méchante reine » qui doit accepter de ne plus être, tout pour sa propre fille. Il y a ici quelque chose « d’une perte irrémédiable »[7].

J’aimerais ici jouer sur le dernier terme de la phrase, proposé par Jean Ansaldi, qui explique que le langage va apporter un décalage entre la question de « l’objet du besoin » et celui « de la demande », il nous dit « l’autre de la jouissance est à jamais perdu et se pose comme le Das Ding, comme la Chose Innommable »[8]. Ce qui est à double sens ici, c’est que l’expérience va transformer cette mère, en chose innommable, comme une sorcière qui ne peut que vouloir le mal de son enfant. Dans la version de Disney et d’autres, la sorcière est écrasé sous le poids de la culpabilité, par un rocher ; que les demi-hommes, lui font tomber dessus.

Comme métaphore, d’une adolescence qui se termine par l’acceptation d’une mise à distance irrémédiable d’un parent qui ne pourra plus combler et qu’il faudra aller vers une autre personne pour trouver… « bah ça, c’est une autre question… L’amour ? ».

 

Pour conclure cet article, je dois dire que ma compréhension du texte de Lacan, même expliquer par d’autre, s’arrête ici. Je ne peux donc conclure autre chose que, cette idée.

L’abandon de la recherche d’un objet qui comblerait tous les désirs, semble d’une certaine manière ouvrir sur un autre monde. Un monde où l’on chercherait quelque chose de nouveau et qui pousserait à une construction.

 

Bibliographie avancée

Bibliographie Freud

 

  • Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen (1907), Paris, Gallimard, 1986.
  • Freud S. « Le moi et le ça ». In : Œuvres complètes, psychanalyse XVI : 1921-1923 (1923b). Paris : PUF, 1991, p. 255-301 (traduction française C. Baliteau, A. Bloch, J.-M. Rondeau).
  • FREUD, S. 1925. « La négation », dans Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF, 1998.
  • FREUD S. (1985) : L’inquiétante étrangeté et autres textes. Gallimard, coll. Folio Bilingue, Paris.

 

 

Bibliographie Lacan

  • LACAN, J. 1966 , « Écrits », Paris, Seuil :
    • « Au-delà du « principe de réalité »
    • « Propos sur la causalité psychique » [1946]
    • « le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je » [1949]
    • « L’agressivité en psychanalyse » [1948]
    • « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse » [1953a]
    • « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » [1955-1956]
    • « la chose freudienne ou le Sens du retour à Freud en psychanalyse » [1955]
    • « Subversion du sujet et dialectique du désir dans l’inconscient freudien » [1960]
  • LACAN, J. 1955-1956. Le Séminaire – Livre III : Les psychoses, Paris, Le Seuil, 1981.
  • Lacan J., Le Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, Seuil, 2004
  • LACAN, J. 1964. Le Séminaire – Livre XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973.
  • LACAN, J. 1979. « Le mythe individuel du névrosé », Revue Ornicar ? n° 17/18, Paris

 

Autre Bibliographie

  • Adam, J. (2011). De l’inquiétante étrangeté chez Freud et chez Lacan. Champ lacanien, 10 (2), 195-210. doi : 10.3917/chla.010.0195.
  • Cléro, J.-P. (2008) « dictionnaire Lacan », Ellipses
  • Cléro, J. (2003). Concepts lacaniens. Cités, 16 (4), 145-158. doi : 10.3917/cite.016.0145.
  • Cottet, S. (1987) « je pense où je ne suis pas, je suis où je ne pense pas », bordas, p.13-29
  • Dor, J. (2002) « introduction à la lecture de Lacan », DENOEL
  • Leger, C. (1987) « Quel est donc cet autre auquel je suis plus attaché qu’à moi ? », bordas, p 31-58
  • Miller, J.-A. (1966). « La suture (éléments de la logique du signifiant) », Cahiers pour l’analyse, Cercle d’épistémologie de l’École normale supérieure, vol. 1-2, janvier-février et mars-avril 1966.
  • Poli, M. (2005). Le concept d’aliénation en psychanalyse. Figures de la psychanalyse, no12 (2), 45-68. doi : 10.3917/fp.012.0045.

 

 

 

 

 

 

[1] Philippe, J. (1990) Pour lire Jacques Lacan, Le retour à Freud, Paris, epel.

[2] Ibid, p112

[3] Philippe, J. (1990) Pour lire Jacques Lacan, Le retour à Freud, Paris, epel.

[4] Ibid, p 113

 

[5] Ibid.

[6] Ansaldi, J. (1998). Lire Lacan : L’éthique de la psychanalyse. Le Séminaire VII. Nîmes, France: Champ social. doi:10.3917/chaso.ansal.1998.01.

[7] ibid, p27

[8] ibid, p27

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