Question sur l'enfant

Je les aime pareil… Vraiment ?

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Souvent j’entends les parents dire :  » mais je les aime pareil, je ne comprends pas pourquoi ? » Peut-on vraiment aimer ces enfants de la même manière ? Et que veut dire cette phrase qui semble si anodine ?

Que dit un parent à l’enfant quand il lui dit qu’il est aimé comme son frère ou sa soeur ?

Nb : Pour expliquer l’idée, ici, nous prendrons un exemple inventé certes mais tiré de l’expérience que j’ai pu avoir en consultation parent/enfant. Attention c’est un exemple parmi tant d’autres, c’est une approche, et ce n’est pas la seule possible.

 

Vision du parent

 

Pour un parent, il est important de dire à ses enfants qu’il ne fait pas de distinction. Il n’en aime pas un plus que l’autre. Il ne fait pas de différence ni de préférence. Pour certains adultes, l’amour se sépare, il se divise ou encore, se rajoute. Mais c’est souvent à part égale. Tout le monde recevra à juste titre ce qui lui est dû.

Est-ce vraiment possible d’aimer plusieurs personnes de la même manière ? Et si l’éventualité existe, comment faire ? Prenons un exemple un peu extrapolé, si oui, la polygamie ne devrait pas tant poser de problèmes, et pourtant ce n’est pas le cas, dans le monde occidental, c’est moralement répréhensible et juridiquement interdit. Alors comment peut-on aimer également plusieurs personnes ?  Puis ces personnes sont-elles identiques ?

maman-enfantsEt si cette idée était un biais moral, dont l’on ne peut pas vraiment prendre conscience sous peine de se culpabiliser. Découvrir que l’on ne peut aimer nos enfants de la même manière, serait pour les parents, un crime moral dont l’esprit ne peut s’accommoder. Il y a bien évidemment des réponses à comment l’esprit s’arrange de ce biais, l’individualité est niée, les enfants sont pareils. les parents les réduisent à l’état de « même ». Jacques devient pareil qu’Henri, ce sont « mes enfants ». Ils deviennent pareils pour le bien de l’esprit. Puis quand on questionne les parents :

 

  • vous leurs faites autant de câlins à l’un comme à l’autre ?
  • Oui, oui…
  • vous êtes sûr ?
  • non pas vraiment, Jacques me demande plus qu’Henri, mais Henri n’en a pas besoin…
  • Vraiment ? comment pouvez-vous le savoir…

 

Comment un parent peut vraiment savoir quelle dose de câlins un enfant a besoin ? Certains répondent bien vite, « parce que je le sais, je le connais ». C’est évidemment pour un parent. Mais une fois en consultation les enfants s’ouvrent, parlent, et font montre de leurs différences. A ce moment là, les choses ne sont plus aussi évidentes, parce qu’à la base, déjà pas elles ne l’étaient pas. Ils ne veulent pas forcément le demander, et effectivement ils n’en veulent pas forcément. Par exemple la demande d’attention pour Henri est différente, moins fusionnelle ou tout simplement différente. Les parents, par souci d’égalité, ont eux même réduit les enfants à des égaux, à des semblables.


Nb: souvent en consultation, avec l’apparition d’un tiers, des questions qui semblent évidentes sont posées. Et des deux cotés, parents comme enfants, se rendent compte que rien n’est évident. Ou ce qu’il l’est l’un ne l’est pas pour l’autre… (l’autre ici c’est l’enfant)


En rendant les enfant égaux, les parents en oublient une règle simple, chaque enfant est différent. A partir de là, il est plus logique de comprendre que son mode de communication ou simplement d’interaction sera lui aussi distinct. Jacques demande beaucoup de proximité, de câlins. Henri, lui préfère les moments d’échange dans des activités ou il est avec un parent à la fois. Le contact physique ne lui est pas automatiquement nécessaire. Et ces parents se sont rendu compte qu’il n’en demande plus, et par conséquence, ils ne lui en donnent plus. Ils ont construit leur propre hypothèse sur la construction et la personnalité de leur enfant, sans vraiment lui demander ou réussir à le comprendre.

C’est l’un des messages que Dolto a essayé de transmettre : le parent agit sur l’enfant mais, l’enfant agit aussi sur le parent. La communication n’est pas unilatérale mais bilatérale, chacun impacte l’autre.

 

Vision de l’enfant

 

unknownReprenons l’exemple de Jacques et de Henri qui sont deux petits garçons que l’on peut dire imaginaires.

Jacques demande beaucoup de câlins et d’attention, il est demandeur. Alors qu’Henri lui est plus calme, plus silencieux. D’ailleurs ils ont, tout de suite, eu un caractère bien différent, et cela des les premiers mois. Jacques pleurait beaucoup alors qu’Henri non. Henri n’aimait pas le bruit alors que Jacques en avait besoin pour dormir… En somme des enfants différents.

Comment comprennent-ils cette phrase : « on vous aime pareil » ? L’un comme l’autre comprennent qu’ils sont semblables, qu’ils n’ont donc rien de spécial, d’après les mots des parents.

 

Le premier enfant

 

Pour Jacques, qui est le premier, cela peut être très mal vécu. Souvent quand un deuxième bébé arrive l’enfant se demande ce qu’il a fait, et plus encore ce qu’il a fait de mal pour que les parents en fassent un second ? Plus l’enfant est jeune plus le raisonnement va être archaïque : en bon comme en mauvais, assez comme pas assez. Ex : Si les parents font un nouvel enfant c’est qu’il n’a pas été suffisamment… quoi ?

L’enfant trouvera quelque chose à mettre à la fin de cette phrase. Combien d’enfant nous demande en consultation de psychologie, pourquoi les parents ont « besoin » de faire un deuxième enfant. Cela vient souvent inscrire une faille dans l’image que l’enfant se fait de lui même. L’imperfection se tatoue dans leurs esprits, malgré toutes les explications bienveillantes que leurs apporteront les boy-830706_1920parents. Le premier perd donc ce qui le rendait spécial, et en plus, les parents eux même lui disent :  « nous vous aimerons pareil ». Comment est-ce possible, puisqu’ils ne peuvent pas concevoir cela ?   Expliquons nous : un enfant n’aime pas pareil ses parents. Dans un premier temps, il aimera toujours plus celui qui est le donneur d’affection, celui qu’il voit plus, celui qui est le plus présent. Donc, si lui ne peut aimer deux personnes de façon identique,  il ne peut pas concevoir que vous vous puissiez d’une certaine manière le faire.

Question : si votre femme ou votre mari vous dit cela comment réagissez vous ? « chéri(e) je vous aimerais pareil… avec mon amant ou ma maitresse…

Réponse : mal ,très mal, je suppose… alors pourquoi espérez vous qu’un enfant fasse autrement ? il ne peut pas… Et on le voit avec Jacques, il demande beaucoup d’affection, pour se rassurer, pour être rassurer. La peur peut s’apaiser, mais la marque elle restera. Pourquoi seriez vous différents de votre enfant ou vous de lui ?

 

Le second enfant

 

Pour Henri c’est différent, il a toujours connu Jacques son frère. Du coup il a toujours connu le partage des parents. Il a, d’ailleurs, intégré différemment le partage de l’attention. Puis il a compris que son frère avait besoin beaucoup de câlins. Mais contrairement à lui, il n’en demande pas. Il observe que l’autre en a, et pas lui. Pourquoi, ne le comprend-t-il pas ?

jalousie-familleUn observateur neutre pourra voir qu’il est difficile pour lui de s’exprimer, puisqu’à chaque fois qu’il le fait, Jacques vient et prend toute la place. Alors Henri a finalement arrêté rapidement de demander. Il a appris à jouer seul dans sa chambre, sans faire de bruit. Ces parent le félicitent de son comportement, Henri est content que ses parents le remarquent, mais il a un manque. Ce manque qu’on le veuille ou non, l’enfant y trouvera une ou des réponse(s) pour le combler parce que la nature n’aime pas le vide. Ex : Ce frère qui prend plus de place, le rend jaloux, ces parents ne l’aiment pas suffisamment, alors il fait encore plus d’efforts pour être calme, pour être encore plus félicité… Les choses empirent, les parents expliquent qu’ils aiment leurs enfants pareil. Mais rien n’est pareil, Jacques lui se conduit comme un bébé, Henri ne comprend pas, il grandit dans un biais de perception.
 

Discusion

 

the-mother-1505055_1920Cet exemple peut être inversé, et il n’est pas catégorique, il y a bien d’autres scénarios possibles. Mais présenté comme cela, il est plus facile de comprendre, que nos enfants ne sont pas pareils. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas arrivés au même moment, et parce qu’ils ont des caractéristiques spécifiques.  Nous ne pouvons pas leur donner exactement la même chose, l’expérience étant déjà là, nous ne pouvons l’oublier. Cela veut dire que nos réactions avec le second seront forcément différentes d’avec le premier. L’éducation et l’amour ne seront pas exactement les mêmes, simplement parce que les enfants sont des êtres distincts. Alors que vous avez répété mille fois quelque chose à l’un il faudra qu’une fois à l’autre. Cela marque la différence, pour l’un, l’importance de cette chose sera flagrante, pour l’autre, non…

 

Proposition pour dire les choses autrement

 

Une fois un parent m’a dit :  » j’ai rajouté un nouvel amour pour aimer le second. Je ne pouvais pas partager « . C’est une jolie idée que celle-ci. Rajouter un nouvel amour, créer quelque chose à partir de rien, pour donner une nouvelle place à un nouvel être. Cette idée peut, peut-être permettre à l’enfant de se construire ses représentations différemment. Il pourra comparer comme il le veut, mais ça restera deux amours différents parce que deux personnes différentes. L’amour, lui, ne peut plus être comparé. Du coup, l’enfant reste à une place individuelle, à la sienne. Il n’a plus à s’inquiéter de l’amour qu’on lui porte. Et les parents eux mêmes, pourront percevoir leurs enfants comme différents… et de l’impact qu’ils ont sur eux…

Tout simplement, parce que nous avons tous tendance à oublier que, l’interaction est dualité…

 

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