Émotion article 1

Introduction

Depuis quelque temps, nous entendons parler un peu partout, d’émotion, de lâcher prise, mais qu’est-ce que cela veut dire ? De quoi nous parle-t-on ? À une époque où exprimer ce que l’on ressent pour certain est une preuve de faiblesse… Connaît-on vraiment notre monde intérieur ?

Il y a quelque temps sur un forum j’ai lu la réponse d’un jeune homme qui m’a grandement interpellé. Ce dernier disait qu’il ne savait pas s’il avait déjà aimé, ou encore ce qu’était l’amour. Quand j’ai lu cette phrase, je l’ai spontanément invité à rencontrer un psychologue… Sans jugement, puisque je le suis. Et un petit groupe m’est tombé dessus… J’étais un monstre sans cœur que de dire qu’il pouvait en discuter avec un professionnel… Était-ce véritablement un problème que de n’avoir jamais aimé ? Était-ce un problème de ne pas savoir ce qu’était l’amour ? Ou était-ce un problème que de dire qu’il fallait qu’il aille voir un psychologue… ? Honnêtement, j’étais plutôt perplexe en lisant les différentes réponses des personnes sur le forum… Après tout, c’est mon métier que de discuter du monde interne, d’aller visiter les jardins secrets de chacun, accompagnés de mes patients… Comme un jardinier qui aide des personnes à mieux connaître la faune et la flore qui constitue leur monde psychique…

Il ne viendrait pas à l’idée d’une personne de dire à un jardinier qu’il est un monstre s’il voulait vous aider en voyant certaines de vos fleurs en train de faner. Alors pourquoi le psy ne pourrait-il pas vous aider quand il voit qu’il y a certaines zones de votre monde qui vous sont absconses ? Ou encore inconnues ?

Au travers de la série d’articles sur les émotions, je vais essayer de vous aider à vous familiariser avec une chose qui nous échappe la plupart du temps : les émotions, les affects, ou encore nos sentiments…

Comment décrire ce que l’on ressent ? Ces sensations étranges qui nous submergent, comme la joie ou la colère et la bouffée de chaleur. Nous sommes portés par un vent chaud nous rendant presque animal parfois. Ou cette sensation intense qui nous fait rire… Transportés par une humeur tiède mais bienveillante, qui nous donne envie de partager.

Pour ce qui est de la question du temps, les choses sont bien classifiées : on parle de secondes, de minutes, d’heures et ainsi de suite.

Pour le champ affectif, il en va en réalité de même. Il est juste plus compliqué de définir ce vaste monde. Alors que l’on apprend de manière très rationnelle à lire l’heure, on pourrait se demander pourquoi l’on ne fait pas de même pour les émotions, ou les sentiments ou, encore, les affects ?

Ce qui laisse entrevoir les ravages que peuvent faire certaines phrases que l’on a peut-être tous entendues : « pourquoi tu pleures ? Ce n’est rien ! Arrête d’avoir peur comme un bébé

 

Aujourd’hui, nous serons tous d’accord pour dire que celui qui ne sait pas lire l’heure une fois adulte sera considéré comme « anormal », cela semble presque illogique de ne pas avoir appris. Qu’en est-il de celui qui ne sait pas reconnaître les émotions ? Qu’est-il ? Malade ? Inadapté ? Et vous-même, êtes-vous sûr de savoir les reconnaître ?

 

En tant qu’adulte vous devriez avoir la capacité de lire vos émotions mais aussi en partie celles des autres, de les reconnaître, et de savoir y réagir. C’est d’une certaine manière ce qui fait de nous des personnes adaptées, mais aussi des individus, et ça, nous verrons plus tard pourquoi…

 

Commençons par le début, chercher à définir le sujet :

 

Larousse : Émotion vient du latin e-movere qui veut dire mouvoir au-delà, é-mouvoir

 

  • Trouble subit, une agitation passagère causée par un sentiment vif de peur, de surprise, de joie, etc. : parler avec émotion de quelqu’un.
  • Réaction affective transitoire d’assez grande intensité, habituellement provoquée par une stimulation venue de l’environnement.
  • Sous l’Ancien Régime, révolte populaire non organisée et généralement de courte durée.

 

C’est entre Darwin (1859) et Ekman (1992) que les émotions sont devenues ce que l’on pourrait dire des « entités psychophysiologiques et comportementales ». C’est avec ces deux chercheurs que l’étude des émotions s’est véritablement développée. Nous sommes passés du monde des mots à celui de la réflexion scientifique. Ils ont cherché à savoir d’où provenaient les émotions et quelles étaient leurs caractéristiques. Un monde aussi vaste qu’étendu s’ouvrait devant eux, puisque ces entités sont plus ou moins discrètes, parce que très dépendantes de l’individu qui les ressent.

 

 

Distinguer

Dans un premier temps il faut distinguer les uns des autres tout un ensemble de termes qui font partie de notre quotidien comme : les émotions, attitudes, les humeurs, les traits émotionnels… Peut-être même distinguer ce que l’on nomme émotion et sensation ou encore sentiment.

 

Parler des émotions c’est être ramené à nous-mêmes. C’est sans doute ce qui a constitué l’incroyable variété dans notre langage. Chercher à se faire comprendre a permis de construire une arborescence du langage des émotions aussi vaste qu’une forêt, et c’est pour cela que chaque génération se perd : parce qu’à chaque fois un peu plus vaste, un peu plus nébuleux…

Mais avant tout, une chose à comprendre est : qu’un « postulat empathique » est important pour tout essai d’études des affects. Mais nous y reviendrons.

Définir

 

Parler d’émotion ou de sentiment est souvent une chose arbitraire, puisque cela nous ramène à nous-mêmes, comme dit plus haut, pour essayer de lever cette part de subjectif, nous nous référerons à « l’International Society for Reseach on Émotion » ou ISRE (https://isre.org). La classification est en référence aux études déjà présentées dans le domaine et qui rassemble le plus large consensus.

Il faut savoir qu’il y a un nombre important de chercheurs qui travaillent sur le sujet. Mieux comprendre les émotions, c’est aussi mieux comprendre les crises, le burn-out, les traumatismes, les phobies, ou tout simplement la vie.

 

NB : vous pouvez faire la distinction simple entre émotion et sentiment avec cette idée d’être soit émotif soit sentimental.

Les émotions

 

 

Cela désigne uniquement ce que l’on appellera « les émotions de base », aussi dite primaires. Il faut savoir que dans l’ensemble les chercheurs établissent qu’il y a entre 6 ou 7 soit :

  • La peur
  • La surprise
  • La colère
  • La joie
  • La tristesse
  • Le dégoût

 

C’est avec Darwin (1872)[1] que l’on a pu démontrer l’universalité des émotions. Cela veut dire que tous les individus du monde, quelque soit leur peuple d’appartenance, ressentent la peur ou la joie de la même manière. Plus récemment, Ekman[2] avait émis un doute quant aux thèses de Darwin : il pensait qu’il y avait un biais dans sa recherche et a voulu démontrer qu’il avait tort. Mais après une contre étude celui-ci a dû se résigner qu’effectivement l’émotion est universelle.

 

Cependant Ekman a voulu aller plus loin et en a dénombré près de 16. Mais il n’y a pas de consensus scientifique vis-à-vis de cela. Pour la plupart des chercheurs après les 6 ou 7 de bases c’est un mélange, donc des émotions que l’on nommera complexes.

D’ailleurs pour l’anecdote, Ekman est le chercheur qui a travaillé sur le film Vice et versa, et c’est un choix personnel que d’en avoir mis que… Je vous laisse découvrir la réponse en regardant le film. De même qu’il explique aussi comment se forment les émotions complexes.

La caractéristique principale des émotions de bases c’est leur durée. Elles ont toutes un début et une fin. Néanmoins, elles sont relativement brèves. L’apparition des émotions est toujours causée par des phénomènes précis et inattendus ou improbables. L’exemple de la peur est le plus flagrant. Avoir peur, c’est ce moment ou l’on vous surprend.

Certaines personnes diront que quand elles ont eu très peur, cela persiste. C’est ce que l’on nommera : « Les épisodes émotionnels »

C’est ce qui persiste d’un état émotionnel après la disparition de sa cause. Ce qui veut dire qu’ils ont une durée beaucoup plus longue. (Exemple : le deuil)

Les sentiments

Les sentiments sont différents par leurs causes qui, on peut le dire d’une certaine manière, sont plus complexes. La haine par exemple, c’est un mélange de peur, du dégoût, de l’incompréhension et de plein d’autres choses.

Les sentiments d’ailleurs ont une durée parfois indéterminée, l’amour peut durer toute une vie. Et l’intensité des sentiments est variable, mais reste plus modérée, voire stable. Nous avons tendance tous à facilement confondre passions et amour. La passion pourrait, d’une certaine manière, être considérée comme une méga émotion. Soit une émotion qui perdure dans le temps, mais qui fluctue avec la présence ou non de l’objet passionnel. Ce qui fera passer de la passion à l’amour sera la capacité de la personne à construire quelque chose en partant de la passion. C’est un peu pareil que l’idée du feu à entretenir. La passion c’est l’excès de sentiment, le trop, le beaucoup… D’ailleurs la passion peut et souvent, s’associe à l’addiction et à la dépendance.

 

Les humeurs

Le Malade Imaginaire by Moliere; Felix Lorioux (Illustrator)

Vous vous souvenez peut-être de Molière et du médecin malgré lui ? Ou des différents passages d’autres de ses pièces où il parlait de faire des saignées pour soigner les humeurs ? Les médecins de ce temps-là n’étaient pas très loin d’une certaine vérité. Les humeurs seraient donc une disposition affective de base, plus ou moins durable, dont les variations se jouent entre un pôle positif (du plaisir) ou un pôle négatif (déplaisir).

Aujourd’hui, la science a plus ou moins démontré que nos hormones avaient un impact sur notre humeur. On parle de régulation neuro-humorale. Quelqu’un de perpétuellement stressé aurait un dérèglement du cortisol (hormone du stress) et donc subirait ses hormones, autant que son humeur.

Les affects

C’est un terme plutôt utilisé en psychologie ou dans les cercles médicaux et paramédicaux. Dans certains cercles de penseurs, on parlera d’éprouver. En réalité les affects sont les « faces subjectives des états cités précédemment ».

À savoir :

En psychanalyse, le mot émotion n’est pas utilisé, il ne renvoie pas à un concept particulier. On parlera plutôt d’affect. Mais le résultat est à peu près le même : on en revient à la possibilité de nommer nos états, qu’ils soient internes ou externes.

C’est avec Breuer et Freud que l’on découvre que la cure par la parole a un impact sur le patient. C’est avec l’étude sur les comportements hystériques, et la capacité à faire parler ces malades qu’ils vont découvrir que la remémoration de certains événements permet ce que l’on appelle l’abréaction et par là même la disparition des symptômes de la maladie de l’hystérie.

Pour faire simple, l’abréaction c’est l’action d’associer une représentation à son affect (mettre en lien un souvenir, une image, à une émotion, si on le dit sans utiliser le vocabulaire propre à la psychanalyse : avant le sujet avait le souvenir mais sans pouvoir nommer l’affect qui l’accompagnait, ou ressentait une émotion de façon constante, mais sans se rappeler depuis quand et pourquoi cela avait commencé). Ce qui a pour conséquence de submerger le sujet. Pour ma part j’explique cela comme un tsunami émotionnel : dire ou se souvenir de certaines choses fait l’effet d’une révélation que l’on se fait à soi-même.

En psychanalyse on va parler de l’affect comme étant l’aspect subjectif de la quantité d’énergie (pulsionnelle). L’énergie c’est en quelque sorte les sensations qui proviennent de votre corps, comme la faim et ce qu’elle génère en vous.

 

Par ailleurs en psychanalyse il faut savoir que l’affect serait clivé (découpé) en deux versants, il irait du corps au psychisme :

  • Corporel, et donc surtout viscéral
  • Psychique avec lui-même 2 aspects :
    • Activité autoperceptive à perception des mouvements corporels
    • Activité évaluative à correspondant aux sensations de plaisir/déplaisir

Bibliographie 

[1] Darwin (1872) l’expression des émotions chez l’homme et les animaux

[2] Ekman,P., (1973), Cross cultural studies of facial expressions. In P. Ekman (Eds.), Darwin and facial emotion. New York : Academic Press.

(1984), Expression and the nature of emotion. In : K. R. Scherer & P. Ekman (Eds.), Approaches to emotion, Hillsdale, N. J., Lawrence Erlbaum, 319-344.

(1992), An argument for basic emotions, Cognition and emotion, 6, 169-200.

Ekman, P., & Friesen, W. V., (1969), The repertoire of nonverbal behavior : categories, origins, usage and coding. Semiotica, 1, 49-98.

(1971), Constants across cultures in the face and emotion, Journal of Personality and Social Psychology, 17, 124-129.

(1978), The facial action coding system. Palo Alto : Consult. Psychologist Press. (1986), A new pan-cultural facial expression of emotion, Motivation and

Emotion, 10, 159-168.
Ekman, P., Friesen, W. V., Tomkins, S. S., (1971), Facial affect scoring technique : a first

validity study. Semiotica, 3, 37-58.
Ekman, P., Levenson, R., Friesen, W. V., (1983), Automatic nervous system activity

distinguishes between emotions, Science, 221, 1210-1208.

Ekman, P., Sorensen, E. R. & Friesen, W. V., (1969), Pan-cultural elements in facial displays of emotion, Science, 164, 86-88.

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One Comment so far:

  1. […] un psychologue le terme émotion correspond à quelque chose de bien précis. Idée d’ailleurs qui se perd de plus en plus et nous […]